Hommage à Ophélie 

 

 

J’ai pourtant commencé à marcher pour te rejoindre,

mais tu as disparu.

Alors j’ai fait de nous une image,

« Portrait d’une femme qui pleure » 2008. Techniques mixtes sur papier de soi.

 

La femme seule sur la carte, à pleurer longtemps. Et ses larmes ont mouillé le papier déjà déchiré de notre histoire.Et ses larmes ont coulé sur sa peau qui avait besoin de caresses. Et ses larmes ont glissé sur son cœur qui soupire. Et ses larmes sont devenues une rivière, où l’image finalement a été jetée.

 

Il y avait à côté Ophélie qui reposait.

 

 

Deux amoureux

 

 

2 amoureux qui s’embrassent et qui se serrent

et qui se caressent et qui se serrent et qui s’embrassent et jamais ils ne s’agacent. Parce qu’ils se regardent  parce qu’ils se serrent alors jamais ils ne s’agacent.

C’est parce qu’ils s’aiment ces amoureux et qu’ils se regardent beaucoup comment il faut faire.

C’est qu’ils jouent à se serrer et ils ne veulent ne rien foutre

en l’air. Non ils ne veulent rien foutre en l’air.

Ils veulent juste s’aimer doucement s’aimer habilement

toujours s’aimer doucement.

Je voudrais que tu sentes le parfum

comme ça je te respire.

J'aime l'odeur de l'eau de Cologne

mais sur toi quand même

je préfère le jasmin.

L’oiseau est devenu vulgaire et la fleur piquante et obscène

ou Les pleureuses

 

Tu as entendu un son, lointain, lointain.

C’était un oiseau rare

Que tu as mis sur ta main

Puis porté à ton cœur.

Le chant tout entier résonnait dans tes veines

Le chant tout entier passait dans tes reins.

 

Mais un jour la mélodie est devenue stridente et soudaine

et a fait pleurer la fleur,

Catharsis de trop de chagrin.

 

Nos corps se sont alors brisés en petits éclats.

Et l’oiseau est devenu vulgaire et morbide

Et la fleur piquante et obscène.

 

Ma main a caressé l’oiseau pour qu’il chante encore

Pourtant le son est resté lointain lointain ;

 

C’était un oiseau rare que tu avais mis sur ta main.

 

​​

Publié dans la revue « Le bout des Bordes ». Jean Luc Parant

Editions Actes Sud

 

L’ « Anthologie de la poésie érotique féminine Française contemporaine »

Editions Hermann

La vierge de Fontainebleau

ou la vierge et la prostituée



L'automne est tombé sur notre promenade, le vert et le brun des fougères s'embrassant pour se dire un dernier au revoir.
Le grand chêne nous a accueilli dans ses sept bras et nous avons souri .
Suivant le trait bleu de la carte nous avons marché en se taisant.
Seuls nos esprits impatients se sont reconnus dans le chaos des rochers.
Des mains ont touché le dos de la tortue de pierre pour ceux qui ont bien voulu la voir.
Arrivés dans un désert des dizaines de petites feuilles jaunes, légères et courageuses,
sont descendues doucement nous caresser les cheveux, nous rappelant ainsi, par ces petits signes
que nous marchions vers des paysages différents.


Au bord de la route une femme en jupe très courte s'est penchée et nous avons fait un cauchemar.
Pour effacer ce vilain souvenir nous avons imaginé la vierge dessinée qui nous attendait quelque part.


Seule une téméraire l'a finalement croisée.

Nous aurons quand même vu le bleu, l'or et mille autres couleurs en souvenirs heureux.


 

Ta peau faisant de jolis petits ronds 

 

 

Je voulais te crier mille mots pointus en te tenant par les cheveux.

Je voulais tirer ton bras et le serrer jusqu’à ce qu’il y ait ma trace

trois points bleus qui marquent. Je voulais t’enfoncer mon pénis jusqu’à ce qu’il me fasse mal, et que ma peau soit flétrie.

Je voulais me noyer dans toi, me perdre, à l’intérieur de ce maelström rouge et rose caillé et pourpre.

Je voulais te mordre pour sentir ta chair se déchirer

et entendre tes cris de plaisir ou de douleur

peu importe…

Mais je me suis contenté de te faire des baisers, de déposer mon souffle chaud sur ta nuque douce, de te caresser avec mes doigts tendres le long de ton corps tout entier. De te faire frémir, ta peau faisant de jolis petits ronds. De te murmurer une chanson moite

pour que nos jambes se collent, pour que nos corps se suivent,

mus par cette valse exotique.

 

Puis je me suis endormi en te serrant dans le creux du soir, après t’avoir tant désirée.

 

 

 

Publié dans la revue

« Le bout des Bordes ». Jean Luc Parant

Editions Actes Sud

 

L’ « Anthologie de la poésie érotique féminine Française contemporaine »

Editions Hermann

 

 

Tu avais l’odeur de mes souvenirs

 

Je t’ai rapporté des bois de mon enfance.

Tu avais l’odeur de mes souvenirs.

Tes pétales dressés cherchaient un peu de soleil.

 

On avait caressé ta peau velouté, qui rappelait celle d’un petit animal, doux et tranquille.

 

Mais ces mains au dessus de toi

avaient aussi griffé cette enveloppe fragile,

leurs ongles faisant de petits traits,

qui te marquerait pour toujours.

 

Je t’ai alors déposée sur ton lit de mousse,

dans un endroit bien sûr,

me disant que ta vie pourrait être balayée par une forte bise.

 

Je t’ai alors déposé sur ton lit de mousse,

Cet endroit bien sûr,

Toi qui n’avais au départ,

pourtant pas de cicatrices.

Votre sourire à deux canines

 

 

Vos dents,vos corps abimés.Cette peau que l'on voit fripée et pliée. Vos mains tremblantes

essayant faiblement de retenir la vie. Votre voix soufflant un air faux les chansons de votre enfance,

celles des manèges aux petits chevaux de bois qui tournent. Votre démarche mal habile aux jambes arquées, portant le poids de ces lourdes années.

Vos iris voilés de blanc qui cachent ce que vous voudriez continuer à voir et ce que vous distinguez maintenant comme de vieux fantômes.

Et pourtant, votre sourire à deux canines est l'expression de votre détachement,

vos rires devenant si nobles. Vos pas lents et résignés se destinent à parcourir avec acceptation le chemin funeste. Vos paroles intelligentes et sages muries par vos visions pleines de grâce,

disent cette vérité immuable qui vous semblait jusque là étrangère.

Votre mémoire est emplie de souvenirs précieux qu’il faudrait rendre visibles pour tous, comme les images de vos valses effrénées les soirs de bal populaire, en rythme avec le tempo du temps, vous et l’autre ne faisant qu’un, vos cœurs en résonance battement contre battement.A jamais gravés,

dans l’instant du monde.

 

Ma bouche

 

Ma bouche est mère

Ma bouche me nourrit

Ma bouche siffle des airs

Ma bouche mouillée

Ma bouche louche

Ma bouche ouverte

Ma bouche t’entend

Ma bouche glisse

Ma bouche t’attrape

Ma bouche recrache

Ma bouche mots

Ma bouche sourire

Ma bouche dedans

Ma bouche timide

Ma bouche est intime

Ma bouche s’ouvre

 

Ma bouche respire

Septembre

 

Quel jour merveilleux

quand je vous ai entendu tous les deux

vous raconter l'éternité

dans cet instant de Septembre.

Panier

(À lire comme on chante )

 

Elle avait une fille qu’elle berçait, berçait

dans un petit panier, panier.

Le panier était dur et la fille pleurait, pleurait.

 

Alors Elle posa le panier sur une petite table, stable

Et la  fille dedans se mit à rigoler, rigoler.

Elle rigolait tellement, tellement,

que cela faisait bouger le petit panier, panier,

un peu comme si on le berçait, berçait

un peu comme si on le faisait danser, danser.

 

La fille, finalement,

se berçait elle-même, elle-même.

 

Mais la table était lisse et plate et plate

et le panier dansant glissait vers le coin, loin,

loin et la fille rigolait moins, moins.

La fille aurait bien aimée qu’Elle la reprenne, reprenne

pour ne plus glisser, glisser,

mais Elle ne voulait pas la reprendre, pas la reprendre,

Elle regardait  le panier glisser, glisser.

 

Le panier arriva au coin de la table, table, stable,

stable et se mit à tomber, tomber,

 

Elle regarda alors le panier giser, giser.

et la fille ne savait plus si elle devait rire

ou crier.

J'ai fait des vœux dans mon harmonica. J'ai soufflé des phrases qui font du bien. Elles se sont transformées en musiques qui partaient de mon cœur.

Dire au revoir
Dire au revoir trois fois
Dire au revoir avec la bouche et les doigts
Creuser la terre, faire un nid.
Se préparer toute sa vie
Pleurer, te voir, ne pas pleurer, attendre, t’entendre qui se fige, ne pas cesser de te regarder, à défaut de souffle, parce que tes yeux si ouverts appellent à ne rien éviter de ce moment terrible et précieux , chanter, te toucher jusqu’à ce que ton corps déjà faible demande de le laisser.
Puis un soir de feux d'artifices, un cœur inopiné magnifique s'est dessiné dans le ciel quand je pensais à vous .
C'était beau et fou quand même.
J'ai souri dans la peine*•***

Mille fois

(Poème à continuer)

 

 

Je t'aurai bercé mille fois,

te tenant dans le creux de mon bras

tes mèches sûrement frisées

tombant un peu sur ton front.

 

 

Tu aurais fait mille pas incertains,

tournant sur les chemins, lassé

de tout ce que tu n'es pas

pour enfin franchir un pont de singe

décidant de ne pas tomber.

 

 

Mille fois que tes ongles battent le tempo sur le marbre de la table sourd.

 

 

Tes doigts tordus auront pourtant réussis à tracer 1000 lignes du mot « tranquille » sur ton cahier du soir.

 

 

Quelques battements de cœur envolés

ont résonné leurs échos

dans les mille vallées de mon âme.

 

 

J'ai retenu mille souffles d'enfant

en fermant les yeux desquels tu as pris la lumière.

Et je ne vois plus bien.

 

 

Mille efforts pour marcher vers soi même

arriver jusqu'à son corps

et quitter les voies fidèles

pour revenir dans sa chair.

 

 

J’aurai senti

tout contre ma joue

tes mille battements de cœur en vibrato

légers et puissants à la fois

signifiant que tu respires.

 

 

Mille fois mille que je te regarde te perdre

impuissante, pourtant voulant te soutenir,

alors que ta chute est une cascade,

et que ta chute me fait peur,

et que ta chute brutale me fige.

 

 

Je t'aurais dit au revoir par mille saluts mouillés de larmes

Et pourtant je te reverrai demain

 

 

Mille proverbes manichéens

notés sur un tableau de classe

que j'effacerai avec mes manches,

laissant à la place une fine poussière de Rorschach blanche formant un dessin

Frida

Et il y a Frida qui se mue difficilement

une barre de fer dans le dos

son corps est un étau.

Un piment, des papayes, des fruits de la passion,

une mangue dans le cœur,

elle dit merde à la peur

et signe sur sa robe blanche

le texte de sa vie,

inscrit pourtant

pour toujours

à la couleur sang.